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Discours du Bâtonnier Mario STASI au congrès CIB 2011

Au moment de prendre la parole ici à NOUAKCHOTT pour l’ouverture du 26ème congrès de la CIB, je ne peux m’empêcher de penser à cette première réunion de la CIB en terre mauritanienne, c’était le 8 février 2007, il y a déjà plus de 4 années et je vous disais alors l’honneur qui était le mien de me trouver ici en ces terres généreuses, « cette terre des hommes » disait Saint-Exupéry et plus que l’honneur encore, le bonheur que nous ressentions tous à vous voir engagés, grâce en grande partie à votre Barreau, vers cet Etat de droit qu’il nous faut construire, protéger, reconstruire dès qu’il s’affaiblit ou qu’on y porte atteinte, cet Etat de droit qui fait que chacun, sans discrimination, sans exclusion aucune de race, d’ethnie, de religion, homme et femme, se voit reconnaître comme un, unique et irremplaçable, lui seul portant le destin de tous et tous garantissant ensemble la dignité et les droits de chacun.

Vous avez eu en mains le programme de notre congrès. Vous avez peut-être appris, en le lisant, que lors du concours de plaidoiries chaque année nous proposons aux jeunes avocats venus des Barreaux membres de la CIB des sujets et parmi ceux qu’ils ont eu à choisir cette année, il y en a un qui mérite d’être mentionné en ce début de notre rencontre. Je vous le livre, c’est

 «  PEUT- ON RESISTER A L’HISTOIRE ? ».

Je ne m’essaierai pas à concourir avec les jeunes avocats – aurais-je peur qu’ils ne me surclassent – peut-être, mais ce n’est pas le problème, non, mais si j’avais à le faire, je prendrai comme exemple l’histoire de nos Barreaux comme le vôtre, de tant de pays comme le vôtre où l’histoire est en marche parce que des hommes et des femmes de courage et de détermination ont décidé de défendre, quoi qu’il en coûte, quoi qu’il en eût coûté, un idéal de liberté et de fraternité et pour la justice, un idéal d’indépendance.

Je ne sais si on peut résister à l’histoire, ce que je sais c’est qu’ici ou ailleurs, mais ici ô combien, l’histoire n’a pu résister et ne peut résister, et ne pourra résister à ceux qui la veulent meilleure et plus généreuse, ce sont eux qui font l’histoire.

Lors d’un discours d’introduction à un congrès il est d’usage bien sûr de commencer son propos par les remerciements que l’on doit à ceux-là qui vous accueillent.

Je n’ai manqué à cet usage qu’en apparence car si je veux vous remercier, amis mauritaniens, de votre accueil, notre reconnaissance va plus encore pour les leçons de courage et de volonté de servir l’Etat de Droit que depuis quelques années nous donne votre Barreau.

Monsieur le Bâtonnier Ould Bettah qui a avez su maintenir le cap malgré les tempêtes et qui avez su poursuivre votre action comme ministre de la justice au service de votre pays ; Monsieur le Bâtonnier Ahmed Youssouf qui vous a succédé avec honneur et vous maintenant Monsieur le Bâtonnier Bouhoubeyni, réélu récemment à la tête de votre Ordre, qui savez porter au plus haut l’idée qu’un Ordre d’avocat se veut garant des libertés de tous, de l’indépendance de la justice et de la solidarité au sein d’un pays dans son chemin vers l’Etat de Droit. Oui merci et merci aussi à l’équipe qui vous entoure, vous me permettez de citer Ichidou mon ami de toujours et l’irremplaçable Brahim Ould EBETTY sans qui les choses ne seraient que ceux qu’elles sont et à qui on doit à coup sûr la tenue de ce congrès.

C’est à vous tous que s’adresse les messages que vous avez reçus, celui du Bâtonnier Yves REPIQUET, Président de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme en France nous disant ses regrets de n’être pas des notre et celui tout particulier du Président Abdou DIOUF, Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie et qui a tenu à écrire à son Excellence Monsieur Abidine Ould El Kheir votre Ministre de la Justice, pour dire ‘’tout l’intérêt qu’il porte à notre congrès’’ et je le cite :

‘’Tant je connais le rôle majeur joué par les avocats mauritaniens en faveur de la défense des Droits de l’homme et leur action au service du renforcement de l’Etat de Droit dans votre pays’’.Quel bel hommage de la part de cette précieuse O.I.F. et de son prestigieux secrétaire général à qui la CIB doit tant. Merci Monsieur Michel Carrié de votre présence pour le représenter. Vous êtes un habitué de nos réunion, votre amitié nous touche ; vous voilà membre d’honneur de la CIB.

Et merci aussi aux autorités mauritaniennes qui nous accueillent dans leur beau pays. J’aime le redire ‘’cette terre des hommes’’ vous à qui en son message s’adressait le Président Abdou DIOUF se disant persuadé que vous partagiez non seulement sur le rôle de ce Barreau qui honore votre pays.

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C’est le Barreau qui nous accueille qui a choisi le thème de notre congrès.

’Le Rôle du Barreau dans la démarche vers l’Etat de Droit’’

Telle était déjà votre préoccupation lors de notre rencontre de 2007 et vous avez raison de vous remettre en face de nos responsabilités, celles-là qui font notre raison d’être. Barreaux libres et indépendants, choisissant librement notre Bâtonnier, assurant notre discipline, gardiens de notre déontologie – et comme le rappelait la déclaration solennelle de l’O.N.U à la Havane puis à San Francisco, il y a 20 ans déjà, s’inspirant d’ailleurs de notre ‘’Convention Internationale des Droits de la Défense’’ assurant que notre exercice de la défense sans aucune immixtion du pouvoir d’où qu’elle vienne et quelque soit la façon dont elle se manifeste – puisque c’est notre liberté qui assure la liberté des juges, notre indépendance qui assure l’indépendance des juges – l’indépendance des justes. Il me plaît d’évoquer ici la figure d’un grand magistrat français, Pierre  Drai qui fut le 1er Président de notre Cour Suprême et aimait à répéter cette vérité première par respect pour l’avocat bien sûr, par respect plus encoure pour la Magistrature elle-même et considération pour son rôle irremplaçable  dans cet Etat de Droit qu’elle est appelée à construire et à sauvegarder.

C’est donc cette définition de l’Etat de Droit qui nous préoccupera au cours de ce congrès et guidera nos travaux.

Ces travaux nous les avons voulus unis autour de ce thème mais variés en leur approche. Peut-on parler d’Etat de Droit sans une vigilance constante puisqu’il n’est pas de violation du moindre des droits du plus faible, du plus démuni qui ne porte en elle-même la même la ruine de tous les droits. Cette vigilance n’est-ce pas la mission de l’OPAD chère à DJOVI GALLY ?

Peut-on parler d’Etat de Droit sans l’accès à la justice pour tous et bien sûr ? Sans l’accès au droit l’éducation au droit que l’on écrive ce mot au singulier ou au pluriel.

 On nous parlera donc d’INITIADROIT, des caravanes de droit qui ont parcouru le Togo l’année dernière.

Et rappelons que d’être pauvre en droit c’est bien d’abord d’ignorer ses droits, et les connaissant, d’ignorer comment les faire valoir.

Et bien sûr que nous parlerons d’avocats sans frontières, cet enfant de la CIB qui vient de recevoir en la personne de François CANTIER le prix des droits de l’homme de la République française.

Cette construction de l’Etat de Droit s’organise par des institutions qu’il nous faut connaître pour les faire vivre et les aider à accomplir leur mission. Médiateurs, Défenseurs des Droits, Cours et Conseils Constitutionnels, Commission des Droits de l’homme. Tous attendent notre concours. C’est un devoir pour nous de répondre à cette demande et cette demande si elle tarde à venir à nous de la provoquer, à nous de l’exiger.

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Tel sera notre parcours ces prochains jours. Mais quand nous nous séparerons que restera-t-il de nos travaux ? De mieux nous connaître – c’est déjà beaucoup.

D’écarter l’habitude ou l’indifférence, est essentiel puisque nous le savons une justice habituée est une justice morte et un avocat que gagne d’habitude a perdu son âme.

A titre d’exemple nous évoquerons ces questions prioritaires de constitutionnalité qui maintenant en France permettent aux avocats de veiller à ce que le droit l’emporte s’il le faut sur la loi, puisqu’aussi bien les lois que les tribunaux sont appelés à appliquer si elles ne s’inscrivent pas toujours dictées qu’elles sont par les circonstances   ou les compromissions, dans ce qu’est un véritable Etat de Droit.

Nous prendrons des résolutions mais à nous de les faire vivre dès notre retour en ces horizons si divers dont nous venons les uns et les autres et qu’il nous faut éclairer de la lumière qui nous vient de nos rencontres, solidaires en nos combats. Cette lumière qui fait de nous des avocats aussi longtemps qu’elle éclaire notre route.

Et cette année qui va commencer, je vous l’annonce nous pourrons, comme pour une étape,, mesurer nos efforts, les coordonner ou les reprendre lors d’une rencontre en Guinée, en mars prochain.

Merci Bâtonnier SAMPIL. Nous serons chez vous à Conakry, et puis, c’est une surprise et une nouveauté, nous irons à Madrid au mois de mai. Le Barreau de Madrid, le Barreau Espagnol aime à nous dire que sa tradition juridique est bien proche de la nôtre – et nos idées de la libre défense, celles-là même qui l’animent.

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Telle est bien la CIB depuis plus de 25 ans, depuis plus d’un quart de siècle.

Et je ne veux pas finir mon propos introductif à ce congrès sans évoquer, sans les nommer tous qu’importe, ceux qui depuis ce temps ont combattu pour ce droit qu’il nous faut servir. Et nous avons ici présents les représentants de ces Barreaux qui cette année encore – et nous entendrons leurs témoignages – ont souffert dans leur chair, dans leur liberté et dans leur famille. N’est-ce pas Monsieur le Bâtonnier du Burindi injustement détenu – en la libération duquel a œuvré avec détermination notre président le Bâtonnier MBUYE MBIYE TANAYI ? N’est-ce pas Monsieur le Bâtonnier Balemby de Centre Afrique en exil de son pays ? et d’autres encore…

Alors, jeune avocat – membre de notre CIB que notre foi anime comme nous encourage ta détermination.

Vraiment merci aussi à toi, d’où que tu viennes – et c’est moi que gagne l’âge sinon la sagesse qui te le dis du fond du cœur – merci de ta jeunesse qui garde la nôtre qui garde la mienne. Citerai-je pour conclure ce conte que j’ai déjà cité mais que j’aime tant.

On raconte, est-ce Hampaté BA qui le raconte, je ne sais plus, qu’un jour la sagesse lasse et d’entendre les plus anciens redire leur passé, évoquer des amours mortes ou des rêves évanouis par le temps, décida d’aller vers les plus jeunes pour connaître de nouvelles amours, des rêves lumineux, des aventures exaltantes vers des horizons nouveaux.

Que pensez vous qu’il arriva ? Les anciens devinrent-ils plus jeunes ? Connaissent-ils de nouvelles aventures, de lumineux amours avec une force renouvelée et les plus jeunes gagnés enfin par la sagesse mesurent-ils leurs efforts et calment-ils leur enthousiasme d’un pas plus maîtrisé ?

Le conteur ne le dit pas.

Mais ce qu’il dit c’est que le même matin s’éclairait pour tous, que le soir tombant les apaisait tous de leur combats de la journée et que, du village, les mêmes chants s’élevaient le matin ou le soir sans que l’on sache désormais qui les chantait des plus jeunes ou des plus vieux.

Allons jeune avocat, chantons ensemble – allons jeune avocat, nous avons l’âge de nos combats, ceux-là qu’il nous faut toujours reprendre. Il n’est de sommet gravi qui ne nous fasse voir d’autres chemins à grimper vers toujours plus de lumière.

Allons au travail et bon congrès.

 

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
ORDRE DES AVOCATS
BARREAU DE KINSHASA/GOMBE
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